Document 1
Michel Debré, député (Rassemblement pour la République) de La Réunion, Premier ministre de 1959 à 1962, soulevant une exception d'irrecevabilité contre le projet de loi relatif aux droits et libertés des communes, des départements et des régions, Assemblée nationale, deuxième séance du 27 juillet 1981 (extraits). Journal officiel de la République française, Débats parlementaires, Assemblée nationale, n° 14 (suite), 28 juillet 1981, p. 327-328.
Il y a, en effet, mes chers collègues, une différence profonde entre une décentralisation conforme à la Constitution de la République et une décentralisation du type de celle que nous présente le Gouvernement.
Une décentralisation conforme à la Constitution maintient le principe de la supériorité de l'Etat sur les collectivités territoriales — communes, départements, régions — qui se situent à l'intérieur de l'Etat. (...)
Elire un conseil municipal, un conseil régional est un acte d'administration démocratique, non un acte de souveraineté. (...) Paris, Marseille, Bordeaux ne sont pas des villes souveraines. Pas plus les départements ; pas plus les régions. (...)
Ici ou là, certaines apparences ne peuvent dissimuler une rupture, dont d'ailleurs, en termes politiques, vous affirmez le caractère capital en déclarant : c'est beaucoup plus qu'une réforme de l'Etat. C'est, en effet, une conception non unitaire, mais fédérative de la France. (...)
Vous êtes chargé de la décentralisation, non pas contre l'Etat, non pas hors de l'Etat, mais, comme le veut la Constitution de la République, vous êtes chargé de la décentralisation à l'intérieur de l'Etat. Agir autrement, c'est transgresser la Constitution !
- L'orateur s'adresse à Gaston Defferre, ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation.
- Exception d'irrecevabilité : motion par laquelle un député soutient qu'un texte est contraire à la Constitution ; elle est rejetée le 27 juillet 1981 par 331 voix contre 150.