Document 1
Discours de Léon Blum, président du Conseil (gouvernement de Front populaire), prononcé le dimanche 6 septembre 1936 à Luna-Park lors d'une manifestation de la Fédération socialiste de la Seine ; texte publié par Le Populaire, organe central du Parti socialiste (S.F.I.O.), le lundi 7 septembre 1936, page 2 (extraits).
(...) En tout cas, dans la réalité des choses, tout s'est passé comme si certaines puissances avaient reconnu le Gouvernement rebelle comme un Gouvernement de fait et s'étaient jugées en droit de livrer des armes à ce soi-disant Gouvernement de fait aussi bien que d'autres pouvaient le faire au Gouvernement régulier. (...)
Camarades, je vous parle gravement, je le sais, je suis venu ici pour cela. Je sais bien ce que chacun de vous souhaite au fond de lui-même. Je le sais très bien. Je le comprends très bien. Vous voudriez qu'on arrivât à une situation telle que les livraisons d'armes puissent être faites au profit du gouvernement régulier et ne puissent pas l'être au profit des forces rebelles. Naturellement, vous désirez cela. Dans d'autres pays, on désire exactement l'inverse. (...)
Demandez-vous aussi qui peut fournir dans le secret, par la concentration des pouvoirs dans la même main, par l'intensité des armements, par le potentiel industriel, comme on dit ; demandez-vous aussi qui peut s'assurer l'avantage dans une telle concurrence. Demandez-vous cela ! Une fois la concurrence des armements installée, car elle est fatale dans cette hypothèse, elle ne restera jamais unilatérale. Une fois la concurrence des armements installée sur le sol espagnol, quelles peuvent être les conséquences pour l'Europe entière, cela dans la situation d'aujourd'hui ? (...)
Ne vous étonnez pas si nous sommes venus à cette idée. La solution, ce qui permettrait peut-être à la fois d'assurer le salut de l'Espagne et le salut de la paix, c'est la conclusion d'une convention internationale par laquelle toutes les puissances s'engageraient, non pas à la neutralité — il ne s'agit pas de ce mot qui n'a rien à faire en l'espèce — mais à l'abstention, en ce qui concerne les livraisons d'armes, et s'engageraient à interdire l'exportation en Espagne du matériel de guerre. (...)
La politique que nous venons de suivre n'a pas trouvé d'objection, de la part d'autres puissances. La convention à laquelle je déclare aujourd'hui impossible de refuser ou de soustraire la signature de la France, porte par exemple la signature de l'Union des républiques soviétiques. (...)
Je ne crois pas, je n'admettrai jamais que la guerre soit inévitable et fatale. Jusqu'à la dernière limite de mon pouvoir et jusqu'au dernier souffle de ma vie, s'il le faut, je ferai tout pour la détourner de ce pays.
- Gouvernement régulier : le gouvernement de la République espagnole, issu de la victoire du Front populaire aux élections du 16 février 1936.
- Gouvernement rebelle : la junte formée à Burgos par les généraux insurgés depuis le coup d'État des 17 et 18 juillet 1936.
Texte lu sur : Le Populaire, 7 septembre 1936, p. 2 (BnF, Gallica)